Oui ou nan!!!

           Oui ou nan !!!

 

Sur mon île, je t’assure, je n’ai jamais connu,

(Si tu vivais chez moi, oh quelle déconvenue !),

Le plaisir de choisir le moindre président

Et de pouvoir glisser un petit bull’tin blanc

Dans une urne transparente, en toute démocratie,

Ce n’est pas à la mode dans mon si beau pays,

Ce geste de liberté est un grand privilège,

Chez moi si on s’exprime on tombe dans le piège

De ceux qui savent tout et te disent de te taire,

Les tyrans d’un autre âge, les tyrans sanguinaires,

Alors, au doux parfums des îles, chante cet air,

Qui surfe sur l’océan, qui traverse les mers.

 

Vote oui, vote nan !

Mais va  voter bon sang,

Moi pour un papier blanc,

Je traverse l’océan.

Vote oui, vote nan !

Mais va voter bon sang,

Ça fait fuir les tyrans

Et les vociférants !

 

Sais tu l'ami que ça fait plus de quarante ans

Que l’on supporte chez nous le même président,

Je sais, c’est un peu long, ça donne envie de fuir,

De traverser la mer au risque de périr

Pour aller s’installer dans un coin d’liberté,

Où l’on a simplement le droit de s’exprimer,

Où l’on ne fusille pas la moindre irrévérence,

Où l’on ne fusille pas la moindre différence,

Où l’on n’enferme pas le journaliste curieux,

Où être l’opposant n’est certes pas dangereux,

Où en manifestant, à part des coups d’matraque,

On risque rarement de finir dans un sac.

 

Vote oui, vote nan !

Mais va voter bon sang,

Moi pour un papier blanc,

Je traverse l’océan.

Vote oui, vote nan !

Mais va voter bon sang,

Ça fait fuir les tyrans

Et les vociférants !

 

J’aim’rais comme toi pouvoir dire qu’ils sont tous pourris,

En flânant sur le net d’un geste de la souris,

Qui t’ouvre à mon pays, t’offre un beau paysage,

Et je t’entends penser, île de rêve, beaux rivages,

Pleurant sur ta banlieue triste et terne à mourir,

Tu baves sur les clichés pour touristes à cueillir,

Qui font semblant d’rien voir depuis des décennies,

Il fait si beau chez nous, alors la tyrannie,

On ne la filme pas, ce s’rait pas vraiment chic,

Puis les autochtones sont tellement sympathiques…

Exécutions sommaires et autres désagréments,

Tout le monde s’en moque, bien sûr éperdument.

 

 

Vote oui, vote nan !

Mais va voter bon sang,

Moi pour un papier blanc,

Je traverse l’océan.

Vote oui, vote nan !

Mais va voter bon sang,

Ça fait fuir les tyrans

Et les vociférants !

 

 

Je ne te cache pas que cette envie d’voter,

De m’exprimer enfin en toute liberté,

Me conduira un jour à te piquer ta place,

De goûter à mon tour au luxe des palaces,

Et toi, fier révolté, tout en ébullition,

Qui crie partout, très fort, vive la révolution,

Après un petit stage  dans le prêt-à penser,

Dans mon joli pays, je sais, bien gouverné,

Où il fait si bon vivre, à l’ombre des palmiers,

Même si derrière on cache le gros tas de fumier,

Tu regretteras vite le bon vieux temps des urnes,

Et ta grise banlieue un peu trop taciturne.

 

Vote oui, vote nan !

Mais va voter bon sang,

Moi pour un papier blanc,

Je traverse l’océan.

Vote oui, vote nan !

Mais va voter bon sang,

Ça fait fuir les tyrans

Et les vociférants !

 

 

    

 

 

 

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