Ma prison

Ma prison


Bien sûr…
Je ne veux pas vous faire pleurer,
Ma privation de liberté
Est certes amplement méritée.
Bien sûr…
Si j’avais bossé en usine
Au lieu de vivre de combines
J’dormirais avec ma copine.

Dans une vaste cellule de neuf mètres carrés
Où cohabitent gaiement, trois ou quatre détenus,
Je coule des jours paisibles et suis bien entouré
On est bien en prison oui c’est un air connu.
Les toilettes sans cloison offrent ton intimité
Un rien nauséabonde aux chers copains de peine
Et la consommation de papier limité
A un rouleau par mois n’encourage pas l’hygiène.
Deux douches par semaine, c’est bien sûr suffisant
Dans de jolies cabines couvertes de vert-de-gris,
Quelques rats déambulent, ils sont libres forcément,
Contrair’ment aux humains enfermés et meurtris.

Bien sûr…
Je ne veux pas vous faire pleurer,
Ma privation de liberté
Est certes amplement méritée.
Bien sûr
Si j’avais bossé en usine
Au lieu de vivre de combines
J’dormirais avec ma copine.

Pour tenir ce p’tit monde, de bons tranquillisants,
C’est bien plus efficace qu’un séjour au mitard,
Un peu de cannabis pour ceux qu’ont de l’argent,
Elle est pas belle la vie pour nous gentils bagnards.
Puis si tu veux bosser, faut pas trop y compter,
Mais tu quittes ta cellule une heure pour la prom’nade,
Quel bonheur de prendre l’air en quasi liberté
Et aussi quelques gifles par de chouettes camarades.
Et l’été le soleil inonde d’une douce chaleur
Les cellules surpeuplées aux saines odeurs putrides,
La tension monte d’un cran, c’est le règne de la peur,
Les suicidants se délectent d’idées morbides.

Bien sûr…
Je ne veux pas vous faire pleurer,
Ma privation de liberté
Est certes amplement méritée.
Bien sûr…
Si j’avais bossé en usine
Au lieu de vivre de combines
J’dormirais avec ma copine.

Il m’arrive bien souvent de me faire insulter,
Faut dire que ma carrure est loin d’être balaise,
Quelquefois je dois dire, un p’tit peu maltraité,
Et parfois, y’a pas l’choix, et oui c’est moi qu’on baise.
O vous les bien pensants, les donneurs de leçons,
Qui prônez le cachot le bagne et la prison
Sans sursis ni pitié pour les mauvais garçons,
Je vous le dis tout net, vous avez bien raison.
Peut-être connaîtrez-vous ces résidences honteuses,
Car nul n’est à l’abri d’être à tort dénoncé,
Si des juges étourdis à la justice gaffeuse
Vous envoient faire une croix sur votre dignité.

Bien sûr…
Je ne veux pas vous faire pleurer,
Ma privation de liberté
Est certes amplement méritée.
Bien sûr…
Si j’avais bossé en usine
Au lieu de vivre de combines
J’dormirais avec ma copine.


Jean-Pierre Georget 29/11/05

 

           





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