Le fugitif

 

 

Enfin il quitte son village,

D’un pas volontaire et nerveux,

Ne laisse rien dans son sillage,

Il n’est plus ce vilain morveux.

Le monde reste à conquérir,

Et vogue vogue les galères,

Il veut courir, il veut courir,

En faisant le tour de la terre.

 

Il se retourne une fois,

Cherchant un souvenir,

Mais l’ombre est déjà là.

 

Grâce à quelques trafics juteux

Il fait fortune en spéculant,

Il se fout des nécessiteux,

Ils n’ont qu’à avoir son talent.

La capitale est trop étroite,

Il s’envole vers les Amériques,

Il va y créer quelques boîtes,

Avec bénéfices homériques.

 

Il se retourne parfois,

Cherchant un souvenir,

Mais l’ombre est encore là.

 

Et dans les îles aux seins fleuris,

Il papillonne de fleur en fleur,

Il leur promet la lune, Paris,

Mais cela finit vite en pleure.

Son cœur est sec comme le désert,

Il prend, il jette sans remord,

Bousculant comme un bulldozer

Les sensibilités du port.

 

Il se retourne parfois,

Chassant un souvenir,

Mais l’ombre est toujours là.

 

Ses rêves fous l’invitent en Chine,

La croissance s’affole là-bas,

Les gamins bossent sur les machines,

Contre un carré de chocolat.

Mais l’argent nourrit la finance,

L’appétit s’active en mangeant,

Il faut bien se remplir la panse

En se foutant des petites gens.

 

Il se retourne parfois,

Bute dans  un souvenir,

Et l’ombre est encore là.

 

De long voyage en long voyage,

D’amour fugace en solitude,

Il arrive hélas au grand âge

Qui le plonge dans l’inquiétude.

A quoi bon fuir, l’ombre est tenace,

Son corps ressemble à un naufrage,

Déjà les nuages menacent,

Il est temps d’rentrer au village.

 

Il avance tout droit,

Cueillant ses souvenirs,

L’ombre lui tend les bras.

 

Ju’âne Pedro

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