Le vieux

Le vieux

Le vieux de la maison d’retraite
Regarde passer les ados,
Il remue doucement la tête,
En gémissant son mal de dos :
« Combien d’années encore à vivre
Dans l’attente du grand départ,
Que la faucheuse me délivre,
Suis fatigué de ce mouroir. »

Pleure pas grand-père,
Allez pleure pas,
Viens boire une bière
Et remue-toi.
Une bonne bière
En attendant,
La mise en bière,
Evidemment.

Les jeunes sont moqueurs,
Ils ne respectent rien,
Ah ça fait mal au cœur
D’entendre ces vauriens.

Pépère bondit, piqué au vif,
En brandissant sa canne en frêne
Qui a choisi pour objectif
Une pauvre tête lycéenne.
Le jeunot tente une retraite
Pour ne pas chopper la migraine,
Mais le p’tit vieux déjà regrette
Ses coups violents, teintés de haine.

Pleure pas mon gars,
Allez pleure pas,
Bois ton coca
Et remue-toi.
Un bon coca
En attendant
De finir là,
Evidemment.

Ah l’ancêtre est farceur,
Il ne respecte rien,
Oui ça fait mal au cœur
D’entendre ce vaurien.

Quand la police est arrivée,
Le petit vieux était assis
En train de fumer un tarpé,
Avec les jeunes, c’est du joli.
Ça me change du tabac gris
Que je fumais dans ma jeunesse,
Dit-il aux policiers surpris…
Ah quelle galère, y’a plus d’ vieillesse !

Le vieux de la maison d’retraite
Regarde passer les ados,
Il relève fièrement la tête,
En oubliant son mal de dos.
La faucheuse est aux oubliettes,
La vie précaire n’est plus de mise,
En savourer la dernière miette,
Toutes les folies sont permises.

L’aurore s’amuse du crépuscule,
Laissons le grand âge aux mourants,
Ce maudit Chronos nous bouscule,
Alors croquons la vie, bon sang !

Ju’âne Pedro

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