Déception

DECEPTION O futé Francisco, ô si joli Garboui, Vous quétâtes pour moi, je vous en remercie, En prévision sans doute de mon brutal décès, Mais malheureusement Esculape en personne, Intervînt fermement pour éviter que sonne Le glas de mes obsèques, ne me jugeant point près. Ne vendons pas la peau de l’ours avant d’le tuer, N’enterrons pas l’copain avant qu’il soit clamsé, Ma jolie boîte en bois n’est pas encore vernie, Ce n’est pas aujourd’hui qu’j’irai en paradis. Il va falloir les gars vous faire une raison, Je n’aurai même pas droit à un coup d’goupillon, Trempé dans l’eau bénite ou bien dans l’Sylvaner, Et oui c’n’est pas demain qu’on va me mettre en terre. Vous commenciez déjà à loucher sur ma veuve, Feignant d’la consoler de cette terrible épreuve, Fauss’ment compatissant, vous visitiez mon bar, En trinquant ironique : « A ta santé crevard ! » Et bien sur mes clios étaient entre vos mains, C’n’est pas sympa d’piquer les voitures d’un copain, Quasi agonisant sur le bel établi D’un brave chirurgien qui bricole dès l’lundi ! Le temps de déguster une bonne convalescence, Et vous me retrouv’rez, euphorique à outrance, Brassant de mes ail’rons l’air vicié d’l’atelier, M’agitant en branlant du chef dans les allées. Et à coup de grands rrrrr, de rires gras et bruyants, Je vous f’rai ravaler, ô collègues indécents, Cette quête prématurée qui m’a traumatisé, Vous aviez confondu désir, réalité. O futé Francisco, ô si joli Garboui, Je vous absous bien sur de cette vile plaisant’rie, D’autant que l’Esculape, le dieu de la méd’cine, Semble m’avoir à la bonne, semble vouloir me guérir, En m’envoyant une douce infirmière à sourire, Qui me pique le ventre en montrant ses canines. Jean-Pierre Georget
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